Les grandes fuites de données d’hier reposaient fréquemment sur l’exploitation de vulnérabilités applicatives. L’injection SQL en est l’exemple le plus connu : en manipulant les requêtes adressées à une base de données, un attaquant pouvait extraire massivement des informations auxquelles il n’aurait jamais dû avoir accès.
Ce type d’attaque n’a pas disparu, mais il n’est plus systématiquement la voie privilégiée. Les cybercriminels comprennent désormais qu’il est souvent plus simple d’utiliser un compte légitime que de contourner une protection.
Une fois connectés avec des identifiants valides, ils peuvent interroger une application à très grande vitesse afin de collecter un maximum d’informations. Dans certains cas, les privilèges attachés au compte suffisent à eux seuls. Dans d’autres, il suffit de modifier un paramètre dans une URL ou de naviguer dans des fonctionnalités insuffisamment cloisonnées pour accéder à des volumes de données considérables.
Cette approche est d’autant plus redoutable qu’elle ressemble, en apparence, à une activité normale.
Le vol d’identifiants reste une méthode largement utilisée, mais il n’est plus la seule.
On observe également une montée des risques humains. Certains réseaux criminels cherchent désormais à obtenir un accès légitime directement auprès de personnes disposant des autorisations nécessaires. Cela peut passer par la corruption d’employés ou de sous-traitants, rémunérés pour mettre leurs accès à disposition, mais aussi par des mécanismes de chantage ou d’extorsion visant des collaborateurs occupant des fonctions sensibles.
Dans tous les cas, le résultat est identique : le fraudeur apparaît aux systèmes comme un utilisateur authentifié et autorisé.
Et c’est précisément là que réside le défi. Les outils de sécurité ont été conçus pour détecter quelqu’un qui tente d’entrer sans autorisation. Ils sont beaucoup moins efficaces lorsque l’individu malveillant possède déjà une identité légitime.
L’enjeu n’est donc plus uniquement de vérifier qu’un utilisateur a le droit d’entrer. Il devient essentiel de comprendre ce qu’il fait une fois connecté.
Cette logique est bien connue dans l’univers de la lutte contre la fraude. Depuis des années, les plateformes spécialisées cherchent à identifier non seulement qui réalise une action, mais aussi si cette action est cohérente avec les habitudes observées.
Des solutions telles que LexisNexis® ThreatMetrix® [CD1.1]permettent d’observer les comportements en temps quasi-réel et d’aider à détecter les écarts significatifs par rapport aux habitudes d’un utilisateur ou d’un équipement. Sans modifier profondément les applications existantes, il devient possible de mesurer en temps quasi-réel le volume d’actions réalisées par un compte ou une machine sur des fenêtres temporelles glissantes allant de quelques minutes à plusieurs semaines.
Prenons un exemple simple. Un collaborateur consulte habituellement une dizaine de dossiers par jour. S’il accède soudainement à plusieurs milliers de dossiers en l’espace de quelques heures, le système peut détecter cette anomalie de comportement et déclencher automatiquement une alerte, une vérification supplémentaire ou un blocage.
L’analyse peut également être réalisée au niveau de l’équipement utilisé. Cette capacité est particulièrement précieuse lorsqu’un fraudeur tente de répartir son activité sur plusieurs comptes afin de rester sous les seuils de détection traditionnels.
Pendant longtemps, la cybersécurité s’est concentrée sur une question essentielle : qui tente d’entrer ?
Face à l’évolution des menaces, une nouvelle question s’impose désormais : que fait réellement cette personne une fois connectée ?
Les organisations qui continueront à fonder leur stratégie uniquement sur l’authentification et la protection du périmètre risquent de laisser passer les incidents les plus discrets et les plus difficiles à détecter. À l’inverse, celles qui intégreront des mécanismes d’analyse comportementale inspirés de la lutte contre la fraude disposeront d’une capacité supplémentaire pour les aider à identifier les usages anormaux, même lorsqu’ils proviennent d’identités parfaitement légitimes.
Car aujourd’hui, les portes sont souvent bien verrouillées.
Le véritable défi consiste à détecter ceux qui possèdent déjà la clé.
Pour aller plus loin : Le 20 octobre 2026, le CERT-FR a publié un rapport intitulé « Violations de données applicatives - Retour d’expérience du CERT-FR » présentant les enseignements tirés par le CERT-FR de l’analyse de violations de données liées à des applications web, afin de mieux comprendre les risques associés et les conséquences pour les personnes concernées.